Plaidoyer pour un retour à l’école


A Grigny/Rhône, Au grand Lyon, Auprès de vous, Non classé / jeudi, mai 21st, 2020

Quand arrive le pont de l’Ascension, chaque année, les élèves et les enseignants entrevoient l’arrivée des examens et la fin de l’année. Mais cette année un pangolin a chamboulé tous les calendriers. Les examens n’auront pas lieu. Comme en 68 diront certains. Le monde a changé, il est totalement différent. Cette année, la question n’est pas celle des examens, mais celle de l’apprentissage, et donc de la rupture voire de la fracture éducative liée au Covid 19.

La cour bétonnée, des écoles Marie Curie et Irène Joliot-Curie, reconvertie en espace vert pour la confort des enfants lors de la réhabilitation énergétique de 2019

La santé de nos enfants et de leurs proches est une nécessité

Il est évident, que les gestes barrières, la préservation de la santé du plus grand nombre est la première des nécessité de la Nation. Les mesures d’hygiène mises en place par tous, les mesures de réduction du nombre d’enfants dans les salles et la limitation des regroupements dans les lieux couverts ou dans les récréations sont obligatoires. Aucun débat n’est ouvert sur ces points, les autorités sont claires, les réflexions et problématiques sont d’un autre ordre.

Qu’une classe d’âge ne passe pas son bac ou son brevet, n’est pas la question cruciale. Mais comment accompagnerons-nous toute la génération Covid, celle des enfants de 3 à plus de 20 ans, qui aura vécu cette coupure pédagogique. Cette coupure est à entendre au sens large. Pour certains, ce sera un apprentissage de savoirs et de connaissances réduit à une peau de chagrin. Pour d’autres, ce sera un basculement d’un apprentissage classique en classe, à un apprentissage en ligne. Certains seront déstabilisés, mais ils feront preuve d’une résilience pédagogique, le retard sera résorbé dans les mois et les années suivants. Pour une partie malheureusement, il y a un risque de décrochement.

Dans la cour Sud de l’école Irène Joliot-Curie, les marques au sol incitent les enfants à respecter les distances entre eux.

Tous les élèves auront-ils une résilience pédagogique?

Cette coupure de près de 4 mois, du 16 mars à début juillet sera conséquente pour ces fameux « décrocheurs », ces élèves les plus en difficulté. Nous devons mobiliser l’ensemble de nos forces vives pour les accompagner, leur permettre un retour à l’école. Bien sûr que les conditions sanitaires entraînent de nombreuses difficultés d’organisation, mais pouvons-nous les laisser de côté ?

J’entends les craintes et les peurs des parents, des enseignants vis-à-vis de ce virus. J’entends les inquiétudes pénales des Maires, des chefs d’établissement ou des présidents de conseils départementaux ou  régionaux. Mais quelle est notre responsabilité morale, sociale et sociétale vis-à-vis de cette génération d’enfants en difficulté? Certains me diront, à juste titre, que 4 mois d’école de plus ou de moins, cela s’est déjà vu. Qui n’a pas eu un enseignant de maths ou d’arts plastiques absent pendant une période au moins aussi longue. L’argument est fort certes. Mais dans le contexte actuel du Covid, c’est un rythme, un cadre habituel qui sont absents.  

A l’école maternelle, ici Marie Curie, le respect des gestes barrières est plus complexe, le protocole sanitaire demande d’accueillir que 10 enfants par salle.

Le virus disparaîtra-t-il en septembre ?

Aucun scientifique ne prévoit cette disparition dans les semaines, ni les mois qui viennent. Aucun vaccin n’est annoncé avant 18 mois au mieux. Dès lors, que proposons-nous à nos enfants ? L’école à mi-temps ? Faisons-nous le choix de laisser les élèves les plus fragiles à la maison, sans accompagnement ?

La place des élèves les plus fragiles est dans l’école. Si nous le voulons, nous devons les encourager dès maintenant à revenir en classe. La coupure a déjà été longue, nous ne pouvons plus attendre. Ne pas les aider maintenant, c’est risquer la déscolarisation demain. C’est rendre pratiquement impossible leur retour sur les bancs de l’école dans 6 mois, dans un an.  

L’école Pasteur sera agrandie et rénovée énergétiquement dans les mois qui viennent. Cette place minérale laissera la Nature reprendre ses droits pour un nouvel espace vert partagé entre l’école et la quartier.

Un défi ambitieux à relever

Alors oui, tous nos enfants méritent notre mobilisation. Celle de tous les élus de proximité en donnant des conditions sanitaires les meilleurs. Nous le faisons. Celle des enseignants, des professionnels  capables de relever le défi de la dualité pédagogique présentiel – distanciel, ils le feront. Celle des parents, faire confiance aux uns et aux autres et accompagner leurs enfants, pour que chacun réussisse son apprentissage dans les meilleurs conditions, même pendant une crise sanitaire grave et inédite. Le défi est ambitieux, mais nous sommes capables de le relever.

Oui, je souhaite que les enfants les plus fragiles, les plus en difficultés, mais aussi ceux porteurs de handicap soient scolarisés à temps complet.

Oui, je crois que dans cette situation exceptionnelle, d’une durée inconnue, nous allongions la scolarité obligatoire de un, deux ou trois ans si nécessaire pour ne laisser personne au bord du chemin.

Les gestes barrières à l’école.
[Photo: Cœur D’artiflo ]

Cette crise sanitaire, comme chaque crise, est un accélérateur de changement. Inventons dès maintenant une nouvelle école, qui ne laissera personne de côté. Elle aura toujours des équipes enseignantes volontaires pour accompagner les plus fragiles. Mais, cette école saura former de nouveaux enseignants avec de nouvelles formes d’apprentissage à distance pour les élèves plus indépendants. Pour nos enfants, nous devons nous réinventer. Le virus pourrait être là pour longtemps, notre devoir est d’innover pour préserver l’avenir de tous nos enfants.

Quelques liens pertinents

https://www.education.gouv.fr/covid-19-renforcer-la-continuite-educative-dans-les-quartiers-prioritaires-303462

https://www.education.gouv.fr/coronavirus-covid-19-informations-et-recommandations-pour-les-etablissements-scolaires-les-274253

https://www.cahiers-pedagogiques.com/Une-situation-sans-precedent

https://www.cahiers-pedagogiques.com/Continuite-pedagogique-comment-ne-pas-creuser-les-inegalites