Inclusion, 16 ans bientôt …


A Grigny/Rhône, Accueil, Auprès de vous, Non classé / mardi, janvier 5th, 2021

Le 11 février 2005, le président Jacques Chirac promulgue la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Plus de 15 ans plus tard, elle a influencé nos actions, nos vies, même si certaines obligations ne sont pas toujours tenues par les autorités. L’esprit de la loi est dans la solidarité et l’humanité que la collectivité nationale offre aux personnes en situation de handicap.

Ces dernières années les collectivités territoriales ont beaucoup investi dans la mise aux normes des bâtiments, mais l’esprit de la loi va plus loin. Comment répondons-nous à la demande du législateur : « Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. » Les réponses sont multiples dans les entreprises, dans les collectivités, dans les associations, multiples, diverses mais souvent obtenues par une contrainte de la part de l’Etat. Qu’on le veuille ou pas, nous avons besoin de ce bâton pour avancer, sinon l’histoire aurait avancé plus vite.

L’école est et sera confronté à cette question. Il ne suffit pas que le bâtiment soit aux normes, que la cour soit accessible pour que l’école devienne inclusive. Cette question, je me la suis souvent posé, aussi bien comme chef d’établissement que Maire. Mes valeurs et mon sens des responsabilités m’ont conduit à une double obligation, sur l’humain et le bâti. Évidemment le bâti demande des moyens, du temps parfois pour que les bâtiments soient inclusifs. Tout ne passe pas par un simple ascenseur. Les conditions lumineuses de circulation, les alarmes qui alertent toutes les personnes sont souvent plus difficiles à obtenir, là encore bien plus souvent par négligence, dans les réhabilitations que par volonté de ne pas faire.

Mais l’humain, comment l’accompagne-t-on ?

Que chaque enfant soit mis en situation de réussite est plus complexe qu’il n’y parait. L’obligation de scolarisation est-elle simple quand les moyens manquent dans les institutions spécialisées ? La scolarisation en classe ordinaires est-elle une solution ? Oui et Non répondrais-je non pas comme l’indécis, mais comme celui qui préfère l’avancée à l’immobilisme. Oui car la scolarisation en classe ordinaire est meilleure que la déscolarisation, mais elle est largement insuffisante. Les étayages sont nécessaires, par des pratiques pédagogiques pertinentes, les enseignants ont une partie de la réponse. Une solution certes chronophage pour les professeurs mais loin d’être négligeable. Evidemment les soutiens comme les AVS sont primordiaux, d’autant plus que ce métier se structure, mais encore faut-il que la relation avec les enseignants soit la plus fluide, la plus collaborative.

Les dispositifs, des solutions pertinentes.

La mise en œuvre des dispositifs de type ULIS ont été des apports doublement utiles. Pour les enfants qui ont été orientés au sein des dispositifs, nous avons des résultats scolaires très intéressants mais de plus les élèves ont trouvé leur place dans une école, dans des classes ordinaires principalement. Le dispositif est l’outil inclusif par excellence, il pallie les difficultés et il permet la vie normale sur des temps d’activités régulières. Il étaye sans séparer, une varie inclusion pour les enfants.

Mais le second apport est du côté des professionnels. L’arrivée d’un dispositif de type ULIS dans un établissement scolaire apporte à l’équipe de nouvelles compétences avec l’apport d’un enseignant spécialisé. Le coordinateur, au quotidien, par capillarité apporte à ses collègues, des nouvelles expériences pédagogiques, des débats qui n’auraient pas pu se tenir sans sa présence … bref une valeur ajoutée que nous n’imaginons pas de prime abord.  

Au-delà de l’ULIS

Le dispositif le plus développé dans les établissements est évidemment le dispositif ULIS (Unité Local d’Intégration Scolaire) présents dans les écoles primaires, les collèges et les lycées. De nombreuses options sont proposées, du large TFC (troubles des fonction cognitives) qui accueille le plus grand nombre au plus spécifique TMA (troubles multiples associés : pluri-handicap ou maladie invalidante), les solutions sont multiples et plus ou moins disponibles suivant les territoires. D’autres solutions sont proposées dans le champ de l’enseignement général. Les UEM (Unité d’Enseignement en Maternelle) répondent dès le plus jeune âge à une inclusion pour les enfants souffrant d’autisme principalement. Les dispositifs EIP (enfant Intellectuellement Précoces) offrent une scolarisation adaptée et personnelle pour des élèves, qui souvent, pourraient s’avérer sujet à l’échec scolaire par un enseignement moins adapté à leurs besoins.

Un cheminement personnel

Je n’ai jamais été un « aquoiboniste ». J’ai toujours refusé le laisser-faire. Pour l’accompagnement des enfants les plus en difficulté, j’ai toujours chercher à ouvrir le champ des possibles. Mais parfois, le volontarisme, les méthodes pédagogiques ne suffisent pas. Les étayages doivent être plus structurés. Ainsi, aussi bien tant que maire, qu’en tant que Chef d’établissement, j’ai œuvré pour l’ouverture de dispositifs : deux ULIS, un EIP et un UEMA en une dizaine d’année.

Ainsi, ma première réussite a été l’ouverture d’un dispositif ULIS TFC dans le collège que je dirigeais. Une aventure riche, portée en partenariat avec un enseignant passionné Hervé Gauthier, qui a su relever le défi de l’accompagnement. Ensemble nous avons réussi à changer le regard d’une équipe sur le handicap. Nous avons accompagné un enseignant dans sa volonté de se former et ainsi il a pu prendre le relais lors du départ d’Hervé. De belles réussites pour des élèves qui ont ainsi pu dépasser leurs difficultés et reprendre confiance en eux avec des projets personnels adaptés.

Ma seconde aventure était à la croisée des chemins éducatif et pédagogique : un dispositif EIP, la cinquième-quatrième en un an. Ce projet je l’ai construit avec Carole Collas, enseignante passionnée dans l’accompagnement des élèves. Nous avons construit, pour des enfants précoces, souvent sujets aux troubles du comportement, une véritable ambition. A la fois défi pédagogique et passerelle éducative, nous avons proposé un chemin de réussite au cœur de l’adolescence pour des enfants précoces.

L’école Irène Joliot-Curie et son extension, en premier plan le restaurant Pierre Curie

En 2019, à l’issue des travaux de mise aux normes des écoles Marie Curie et Irène Joliot-Curie, nous avions obtenue l’ouverture d’une dispositif ULIS pour les enfants de Grigny. Le premier de la ville. Cet apport avait une double signification, aller au-delà de la loi sur la mise aux normes des bâtiments et accompagner les familles d’un territoire. Le dispositif a pris sa place dans l’école de la ville, l’équipe a pu construire un dialogue pédagogique positif pour tous les élèves.

A la rentrée 2021, nous serons en mesure d’ouvrir un dispositif UEMA au sein de l’école maternelle Marie Curie. Là encore un nouveau défi à relever. Comment accueillir dans les meilleures conditions des enfants porteurs de troubles autistiques. Comment une équipe se mobiliser-t-elle pour accompagner des enfants dans leur réussite ?

L’espace Snoezelen, pour accompagner les émotions, mais son accès se veut accessible à tous, ici le nom est écrit en braille

Un long chemin

Mais la loi de 2005 n’étant pas qu’une loi éducative, nous travaillons la mise aux normes des autres écoles. Après les écoles maternelles Simone Veil et Marie Curie, après l’école élémentaire Irène Joliot-Curie, nous amorcerons les travaux dans l’école primaire Louis Pasteur. Quinze ans plus tard, nonobstant les avancées notables, notre défi est toujours de rendre notre ville et notre société inclusive.