Depuis plusieurs années, de nombreux chercheurs, éducateurs et professionnels de l’enfance alertent sur un phénomène préoccupant : la baisse de l’empathie dans nos sociétés, particulièrement chez les plus jeunes. L’empathie – cette capacité à comprendre les émotions et la situation de l’autre – est pourtant l’un des fondements de la vie collective. Sans elle, la relation à l’autre se fragilise, les tensions augmentent et la violence peut trouver un terrain favorable.

Plusieurs études menées notamment dans les universités nord-américaines ont montré une diminution significative de l’empathie déclarée chez les jeunes adultes depuis les années 2000. En France aussi, enseignants, éducateurs et psychologues observent une difficulté croissante chez certains jeunes à se mettre à la place des autres, à percevoir les conséquences de leurs actes ou à gérer leurs émotions.


Pourquoi l’empathie recule-t-elle ?
Les causes sont multiples et souvent imbriquées.
La première tient à l’évolution des modes de socialisation. Les écrans et les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie des jeunes. Or, les interactions numériques réduisent la perception des signaux émotionnels : le regard, le ton de la voix, l’expression du visage. Ces éléments sont pourtant essentiels dans l’apprentissage de l’empathie.
La seconde raison est liée à la fragilisation de certains repères éducatifs et sociaux. Dans une société plus individualisée, les cadres collectifs peuvent parfois être moins structurants. L’apprentissage du respect de l’autre, de la frustration ou du conflit régulé devient alors plus difficile.

Il faut également évoquer les tensions et les incertitudes qui pèsent sur les nouvelles générations : pression scolaire, inquiétudes sur l’avenir, climat social parfois anxiogène. Lorsqu’un individu est en insécurité émotionnelle, sa capacité à se tourner vers les autres peut diminuer.
Enfin, certains spécialistes comme le neuropsychiatre Boris Cyrulnik rappellent que l’empathie se construit dès l’enfance, à travers la qualité des interactions, l’exemple donné par les adultes et l’apprentissage progressif de la reconnaissance des émotions.
L’empathie, un apprentissage
La bonne nouvelle est que l’empathie se développe et se cultive. Elle peut être encouragée par l’éducation, par l’environnement et par les expériences de vie.
Apprendre à reconnaître ses émotions, à comprendre celles des autres, à gérer les tensions ou les frustrations fait partie de cet apprentissage. C’est un travail de longue haleine qui mobilise les familles, l’école, les associations et les collectivités locales.


Les villes ont d’ailleurs un rôle important à jouer : créer des espaces de rencontre, soutenir les initiatives éducatives, accompagner les enfants et les jeunes dans leur développement émotionnel et social.
À Grigny-sur-Rhône, apprendre à reconnaître ses émotions
À l’échelle d’une commune, certaines initiatives peuvent contribuer concrètement à développer cette attention à l’autre.
Sur Grigny-sur-Rhône, plusieurs actions ont été mises en place pour aider les enfants à mieux comprendre et gérer leurs émotions.
L’installation d’un espace Snoezelen, un environnement sensoriel apaisant, permet notamment aux plus jeunes – et aux enfants accompagnés dans le cadre du Programme de Réussite Éducative (PRE) – de se reconnecter à leurs sensations et de mieux identifier leurs émotions. Ces espaces favorisent l’apaisement, l’écoute et la prise de conscience de soi, qui sont des étapes essentielles dans la construction de l’empathie.


Dans les écoles, des espaces de répit ont également été créés. Ils permettent aux enfants qui ressentent une tension émotionnelle forte de se retirer momentanément pour se calmer, se recentrer et retrouver un état d’apaisement avant de revenir dans le groupe. Apprendre à reconnaître et à réguler ses émotions est en effet une étape indispensable pour pouvoir ensuite comprendre celles des autres.
Ces dispositifs peuvent sembler simples, mais ils répondent à un enjeu fondamental : donner aux enfants les outils pour mieux vivre leurs émotions et leurs relations avec les autres. Ils permettent à l’enfant de ralentir, d’observer et d’écouter davantage, de se centrer sur la relation.
Retisser les liens humains
L’empathie n’est pas un concept abstrait. Elle est au cœur de notre capacité à vivre ensemble.




Dans une société où les tensions peuvent facilement s’exprimer, retrouver le chemin de l’attention à l’autre devient un enjeu majeur. Cela passe par l’éducation, par l’exemple, mais aussi par des actions concrètes à l’échelle locale.
Car c’est souvent dans les villes, dans les écoles, dans les associations et dans les lieux de vie quotidienne que se construit la relation à l’autre.
Cultiver l’empathie, c’est finalement faire le choix d’une société plus attentive, plus respectueuse et plus humaine.