Préserver le paysage du plateau agricole


Patrimoine, Trajectoires, Vie locale / mardi, juin 16th, 2026

Le plateau agricole de Grigny-sur-Rhône constitue l’un des paysages les plus précieux de notre commune. En quelques minutes, il permet de quitter l’environnement urbain, déjà empreint de nature, pour retrouver la nature plus sauvage, plus historique et de grandes perspectives sur notre territoire.

Aucun immeuble n’a besoin d’être construit pour que ce paysage disparaisse. Il suffit parfois d’une succession de transformations individuelles qui, prises séparément, peuvent sembler anodines, mais leur synthèse est destructrice.

Depuis plusieurs années, nous assistons ainsi à la multiplication de parcelles occupées par des chevaux de loisir. Les terrains sont remembrés, les clôtures se multiplient, des abris bois sont installés et les charolaises parfois disparaissent. Progressivement, les grandes ouvertures agricoles laissent place à une succession d’enclos.

Les vignes laissent la place aux chevaux, des vergers disparaissent également, tout comme certaines zones boisées. Ce ne sont donc plus seulement les usages qui évoluent : ce sont les éléments constitutifs du paysage et nurserie de la faune historique qui sont progressivement effacés.

Un paysage agricole fragilisé

Un paysage agricole ne se résume pas à une surface qui reste verte.

Il est le résultat d’une histoire, du travail des agriculteurs et de la complémentarité entre les cultures, les vignes, les vergers, les haies, les boisements et les chemins. C’est cet ensemble qui donne au plateau son identité et permet de conserver de larges perspectives.

Vignes du chemin du Cimetière

Lorsque les terrains sont transformés en paddocks privés, leur apparence et leur fonctionnement évoluent profondément. Les clôtures découpent l’horizon. Les abris, les réserves de fourrage et les installations diverses se multiplient. Lorsque le nombre d’animaux est trop important par rapport à la surface disponible, le piétinement fait disparaître la végétation et laisse place à des sols nus ou boueux.

Le plateau reste officiellement agricole, mais son caractère agricole, naturel et paysager s’efface progressivement.

Le cheval n’est pas le problème

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause la place du cheval dans nos territoires. Mon grand-père agriculteur sur le plateau en avait un pour ses travaux, il était choyé. Son cheval disposait d’une écurie personnelle, champ de repos arboré et ombragé pour les étés moins caniculaire que les nôtres.

L’élevage et les activités équestres peuvent parfaitement s’inscrire dans un renouvellement agricole depuis la disparition des vergers, néanmoins son projet sera cohérent et intégré. Avec des surfaces adaptées, une gestion raisonnée des animaux, des installations correctement inscrite dans le paysage et un entretien respectueux des sols, des haies, des arbres et de la faune historique.

Chevaux dans des enclos sur le plateau agricole

Le problème apparaît lorsque les implantations se développent sans vision d’ensemble, sans maîtrise de leur densité et au détriment des cultures ou des milieux naturels existants.

Ce n’est donc pas la présence du cheval que nous devons interroger, mais les conditions dans lesquelles elle s’organise. L’activité équine ne peut pas conduire à la disparition progressive des vignes, des vergers, des haies et des boisements qui forment l’identité du plateau.

Un territoire déjà reconnu et protégé

Le plateau agricole de Grigny-sur-Rhône et de Millery fait partie du périmètre PENAP, destiné à protéger les espaces naturels et agricoles périurbains.

Cette reconnaissance est importante. Elle affirme que ces terres ne sont pas de simples réserves foncières ou des terrains disponibles pour des usages individuels. Elles remplissent des fonctions agricoles, environnementales et paysagères essentielles.

Elles permettent de produire localement, de conserver des sols vivants, de favoriser l’infiltration des eaux de pluie et d’accueillir la biodiversité. Elles offrent également un espace de respiration majeur au sein d’une métropole toujours plus dense.

Le classement et la protection réglementaire ne suffisent cependant pas si, parcelle après parcelle, les usages qui ont façonné le paysage disparaissent.

Protéger l’agriculture, ce n’est pas uniquement empêcher l’urbanisation. C’est aussi veiller à ce que les terrains agricoles restent disponibles pour celles et ceux qui souhaitent réellement les cultiver.

Construire un Plan Local Naturel avec Millery

Le plateau dépasse les limites administratives de nos communes. Il constitue une même unité agricole, naturelle et paysagère entre Grigny-sur-Rhône et Millery.

Avec le maire de Millery, nous portons donc l’ambition de construire un véritable Plan Local Naturel du plateau agricole avec Millery et la CCVG.

L’objectif est de définir une vision commune et durable de cet espace : préserver les terres agricoles, maintenir les vignes et les vergers, protéger les zones boisées et les cabanes des champs, reconstituer les continuités écologiques et mieux encadrer les usages susceptibles de fragmenter le paysage.

Cette démarche doit associer les deux communes, la Métropole de Lyon, les services compétents, les agriculteurs, les propriétaires et les acteurs locaux. Elle devra permettre de mieux connaître les usages réels des parcelles, de vérifier la conformité des installations et de favoriser l’émergence de véritables projets agricoles.

Il ne s’agit pas d’interdire toute présence de chevaux, mais de fixer des règles cohérentes. Le nombre d’animaux doit rester compatible avec la surface disponible. Les installations doivent être limitées et correctement entretenues. Les clôtures ne doivent pas transformer chaque parcelle en un espace fermé sans lien avec son environnement.

Restaurer plutôt que regarder disparaître

La préservation du plateau passe aussi par des actions concrètes.

Avec les enfants du périscolaire de l’école Irène Joliot-Curie et la société de chasse de Grigny, nous avons ainsi planté la Haie des Écoliers, une haie bocagère destinée à recréer un élément traditionnel du paysage agricole.

Cette plantation permet de sensibiliser les enfants à la biodiversité et au rôle des haies. Celles-ci constituent des refuges et des corridors pour de nombreuses espèces. Elles protègent également les sols, ralentissent le ruissellement de l’eau et participent à la qualité du paysage.

Cette action montre qu’une autre évolution est possible. Là où certaines haies, certains vergers ou certains boisements disparaissent, nous pouvons choisir de replanter, de restaurer et de transmettre.

Plantation réalisée par les élèves

Un patrimoine commun à transmettre

Le plateau agricole appartient en grande partie à des propriétaires privés, mais le paysage qu’il compose constitue un patrimoine commun.

L’arrachage d’une vigne, la suppression d’un verger, la disparition d’un boisement ou l’installation d’une nouvelle clôture ont des conséquences qui dépassent les limites d’une seule propriété. Additionnés les uns aux autres, ces changements transforment l’ensemble du territoire.

Nous devons agir avant que cette transformation ne devienne irréversible.

Préserver le plateau agricole, c’est défendre une agriculture de proximité. C’est donc protéger les sols, l’eau et la biodiversité. C’est sauvegarder les cabanes des champs et la mémoire de notre histoire vigneronne. C’est conserver un espace de respiration aux portes de la ville.

Enfin, nous devons permettre aux générations futures de connaître encore ces chemins, ces cultures et ces horizons qui font l’identité de Grigny-sur-Rhône et de Millery.

Un paysage peut disparaître sans bruit.

Notre responsabilité est de ne pas attendre sa disparition pour décider de le protéger.