En quelques heures, le 17 octobre 2024, la montée des eaux a bouleversé la vie de nombreux habitants des villes de Grigny-sur-Rhône et de Givors. La montée des eaux a touché plusieurs secteurs de notre ville. La Cité SNCF, les abords du Garon proche du lotissement Chantemerle et le secteur ouest de la rue Sabatier furent touchés rapidement. Des familles ont dû quitter leur logement, des enfants ont été mis à l’abri et l’ensemble des services municipaux, des secours et des forces de sécurité se sont mobilisés dans l’urgence.
Derrière les images impressionnantes de cette journée, il y avait des habitants inquiets, des logements endommagés, des véhicules submergés et, pour certains, des souvenirs emportés par l’eau.
Cette crue nous rappelle une réalité, même lorsqu’une rivière paraît calme, le risque d’inondation demeure. Notre responsabilité d’élus est donc de ne pas attendre la prochaine catastrophe pour agir.

17 octobre 2024 : une matinée sous tension
Le jeudi 17 octobre, dès les premières heures de la matinée, nous comprenons que la situation est inhabituelle.
À 8 h 15, la Direction des Services techniques constate visuellement la montée extrêmement rapide du Mornantet, sans que nous n’ayons reçu d’alerte des balises de crue du SMAGGA. Les échanges engagés avec la Ville de Givors, alertée par la situation du Gier, confirment qu’un épisode d’une intensité exceptionnelle est en cours sur l’ensemble du secteur.
Face à ces premiers signaux, les Directions municipales préparent la mise en veille du Plan communal de sauvegarde.
À cet instant, nous ne savons pas encore précisément jusqu’où l’eau montera. Mais nous savons que nous devons nous préparer. Les services municipaux sont mobilisés tant pour les moyens humains que matériels qui pourraient être nécessaires.
La situation évolue très rapidement.
À 9 h 15, je décide alors d’activer officiellement le Plan communal de sauvegarde de Grigny-sur-Rhône car l’alerte est lancée. À partir de ce moment, toute l’organisation municipale bascule dans la gestion de crise.

Protéger les habitants
Notre première priorité est d’alerter et de protéger les habitants. Les élus et les agents municipaux se rendent dans les quartiers menacé, rassurent, informent et accompagnent pour la sécurité de tous.
Dans une situation aussi rapide, l’alerte de proximité est essentielle. Il faut aller au contact des habitants, frapper aux portes et s’assurer que les personnes les plus vulnérables ont bien appréhendé le danger et peuvent quitter leur logement si cela devient nécessaire.
Nous prenons également la décision d’évacuer l’école maternelle Gauguin. Les services municipaux mettent les enfants et les équipes éducatives à l’abri dans le calme et les dirige en sécurité vers l’école Louis Pasteur. Cette décision est prise par précaution, alors que l’évolution de la crue reste encore difficile à prévoir.
Dans le même temps, nous ouvrons les lieux de repli et d’accueil prévus par le Plan communal de sauvegarde. Ils doivent permettre de recevoir les personnes évacuées, de leur offrir un espace sécurisé et de répondre aux premières nécessités. Des agents sont mobilisés pour organiser l’accueil, recenser les besoins et accompagner les familles.


La Ville se met également à la disposition des services de secours. Nous les assistons dans leurs interventions, facilitons leur accès aux secteurs touchés et leur transmettons les informations recueillies sur le terrain.
Sécuriser
Les services techniques interviennent pour sécuriser les voiries, fermer les accès devenus dangereux, installer les dispositifs nécessaires et accompagner les opérations d’évacuation.

En tant que maire, mon rôle est alors de coordonner l’action municipale, de prendre les décisions de protection qui s’imposent et de maintenir un lien permanent avec les secours, les services de l’État, les communes voisines et les habitants.
Au fil de la matinée, la montée des eaux confirme la gravité de la situation. Ce qui avait commencé par une mise en veille à 8 h 15 devient, une heure plus tard, une mobilisation générale de la commune.
Cette chronologie montre combien l’anticipation est déterminante. Entre les premiers signes observés sur le Mornantet et les premières évacuations, nous ne disposons que de très peu de temps.
Une crue rapide et particulièrement complexe
La situation du 17 octobre 2024 ne peut pas être résumée au seul débordement du Garon et du Mornantet.
À la suite de précipitations très importantes sur l’ensemble du bassin versant, le Mornantet a connu une montée des eaux extrêmement rapide. Son débit a provoqué un phénomène de remontée hydraulique à proximité de sa confluence avec le Garon. les chiffres montreront que la crue du Mornantet sera équivalente à une crue cent-cinquantenale.
L’eau du Mornantet a freiné l’écoulement du Garon, entraînant son gonflement puis son débordement sur plusieurs centaines de mètres.
Cette mécanique explique les inondations observées dans les quartiers situés en aval, notamment à Grigny-sur-Rhône et à Givors.
Les protections locales existantes — murets, digues, portes hydrauliques et clapets anti-retour — jouent un rôle essentiel. Mais elles ont été conçues pour contenir certaines intensités de crues. Lorsqu’un phénomène exceptionnel touche simultanément plusieurs cours d’eau, les protections situées uniquement dans les zones urbaines ne peuvent pas tout arrêter.
Il faut donc intervenir plus en amont, avant que les volumes d’eau n’atteignent les secteurs habités.
Des ouvrages qui ralentissent la crue plutôt que de la subir
C’est précisément l’objectif des trois ouvrages écrêteurs de crues étudiés par le SMAGGA, le Syndicat de mise en valeur, d’aménagement et de gestion du bassin versant du Garon.
Sur le Garon, le SMAGGA prévoit deux ouvrages :
- au lieu-dit de La Planche, entre Messimy et Soucieu-en-Jarrest ;
- dans la vallée en Barret, à Brignais.
Sur le Mornantet, le SMAGGA prévoit un troisième ouvrage dans le secteur des Vernes, à Montagny, en limite de Givors.

Ces aménagements ne sont pas des barrages destinés à créer des lacs permanents. En temps normal, la rivière continuera de circuler librement à travers une ouverture aménagée au pied de l’ouvrage, appelée « pertuis ».

C’est uniquement lorsque le débit de la rivière deviendra trop important que l’ouvrage entrera en fonction. L’ouverture limitera alors la quantité d’eau pouvant poursuivre son chemin vers l’aval. Les zones naturelles ou agricoles situées en amont retiendront temporairement une partie de la crue.
Après le passage du pic de crue, l’eau stockée sera progressivement restituée à la rivière.
Le principe est simple : ne pas empêcher l’eau de circuler, mais ralentir son arrivée dans les secteurs urbanisés.
Trois ouvrages adaptés à la géographie de nos vallées
Chaque ouvrage doit être adapté à la topographie et aux caractéristiques de son cours d’eau.

L’ouvrage de La Planche, situé sur le Garon entre Messimy et Soucieu-en-Jarrest, pourrait atteindre environ 15 à 16 mètres de hauteur. Sa position en amont permettrait de retenir temporairement une partie importante des volumes d’eau avant leur arrivée dans la vallée en Barret puis dans les zones urbaines.
L’ouvrage de la vallée en Barret, à Brignais, serait moins haut, mais beaucoup plus large. Il compléterait l’action du premier ouvrage en ralentissant une nouvelle fois le Garon avant sa traversée de Brignais, Vourles, Millery, Montagny et Grigny-sur-Rhône.
Enfin, l’ouvrage des Vernes, sur le Mornantet, pourrait atteindre environ 13 mètres de hauteur.
Les études techniques, géologiques, hydrauliques et environnementales doivent permettre de préciser l’implantation de ces ouvrages, leur intégration dans le paysage et leurs conditions de fonctionnement.
Les procédures foncières et réglementaires constituent également des étapes indispensables avant la réalisation des travaux.
Ce que ces ouvrages auraient pu changer le 17 octobre 2024
Le retour d’expérience réalisé après la crue permet de mesurer concrètement l’intérêt de ces projets.
Les simulations indiquent que les deux ouvrages prévus sur le Garon auraient pu réduire d’environ 30 % son débit maximal et décaler le pic de crue d’environ une heure et demie, mais surtout le Garon serait assurément resté au sein des protections et digues mise en œuvre depuis une vingtaine d’année.
Sur le Mornantet, l’ouvrage des Vernes aurait pu réduire le débit maximal d’environ 15 % et retarder de plusieurs heures l’arrivée de l’inondation dans certains quartiers situés en aval, peut-être éviter le débordement du Garon sur la cité SNCF.
Ces ouvrages n’auraient pas fait disparaître toute présence d’eau. Le risque zéro n’existe pas surtout quand les crues dépassent les niveaux de la crue centennale et nous devons toujours le rappeler avec honnêteté.
Mais diminuer la hauteur et la vitesse de l’eau peut éviter des dégâts considérables.
Gagner une heure, deux heures ou trois heures permet également d’alerter plus tôt les habitants, de déplacer des véhicules, de fermer les accès dangereux et d’organiser les évacuations dans de meilleures conditions.
Lorsque l’on se souvient de la rapidité avec laquelle les événements se sont enchaînés entre 8 h 15 et 9 h 15, on mesure pleinement l’importance de ce temps supplémentaire.
En matière de sécurité civile, chaque minute compte.
Ma responsabilité au sein du SMAGGA
En tant que maire de Grigny-sur-Rhône, j’ai vécu cette crue aux côtés des habitants et des agents mobilisés sur le terrain.
En tant que vice-président du SMAGGA chargé de la prévention des inondations et de la mise en œuvre du Programme d’actions de prévention des inondations, ma responsabilité est également de porter une réponse à l’échelle de l’ensemble du bassin versant.

L’eau ne s’arrête pas aux limites administratives de nos communes. Ce qui se produit à Messimy, Soucieu-en-Jarrest, Brignais, Mornant, Montagny ou Givors peut avoir des conséquences directes plusieurs kilomètres plus loin, à Grigny-sur-Rhône.
La prévention des inondations exige donc une solidarité entre les territoires situés en amont et ceux situés en aval.
Je défends la poursuite de ces projets parce qu’ils répondent à un besoin concret de protection des personnes et des biens.

Ils doivent naturellement être réalisés dans le dialogue avec les habitants, les agriculteurs, les propriétaires concernés et les associations. Leur insertion paysagère et leur impact environnemental doivent être étudiés avec sérieux.
Mais face à des crues rapides et violentes, l’inaction ne peut pas constituer une solution.
Les ouvrages ne remplacent pas la prévention quotidienne
La construction des ouvrages écrêteurs doit s’inscrire dans une stratégie plus large.
Cette stratégie comprend l’entretien régulier des cours d’eau et des berges, l’enlèvement des arbres morts et des embâcles susceptibles de bloquer les ponts, la gestion des dépôts de sable et de galets ainsi que la surveillance des niveaux d’eau.
De nouvelles stations de mesure doivent renforcer le suivi du Garon et du Mornantet à proximité de Grigny-sur-Rhône et de Givors. Elles permettront de transmettre plus rapidement des informations aux communes et de mieux anticiper l’évolution d’une crue.
Nous devons également continuer à adapter l’urbanisme, éviter d’aggraver la vulnérabilité des zones exposées, accompagner les propriétaires dans la protection de leur logement et entretenir une véritable culture du risque auprès de la population.
Les repères de crue, les exercices de sécurité civile, les Plans communaux de sauvegarde et l’information régulière des habitants sont aussi importants que les grands travaux.
L’expérience du 17 octobre a démontré l’utilité du Plan communal de sauvegarde. Nous mettons régulièrement à jour ce plan communal afin qu’il soit le plus optimum possible.
Ne pas oublier pour mieux préparer l’avenir
Le 17 octobre 2024 a montré la force de l’eau, mais aussi celle de notre mobilisation collective.
Je veux une nouvelle fois remercier les agents municipaux, les services de secours, les forces de sécurité, les équipes éducatives, les associations et tous les habitants qui ont fait preuve de solidarité pendant cette journée et dans les semaines qui ont suivi.
Nous devons maintenant transformer cette expérience en décisions et en actions, car la construction des ouvrages écréteurs de crues pour 16 à 17 millions d’euros préserveront pour plus de 80 millions de biens mais surtout des vies et cela n’a pas de prix !
Prévenir une inondation, ce n’est pas prétendre maîtriser totalement la nature. C’est anticiper, aménager intelligemment notre territoire et donner aux habitants les meilleures conditions possibles pour se protéger.
À Grigny-sur-Rhône comme sur l’ensemble du bassin versant du Garon, notre ligne doit rester claire : nous souvenir de la crue, tirer toutes les leçons de l’événement et agir en amont pour ne plus avoir à subir avec la même violence.